Thermiques, p�trole et rar�faction : vers quoi le march� se dirige vraiment
18/09/2026
Bien s�r, personne ne peut pr�dire avec certitude � quoi ressemblera l'automobile en 2036. Mais certaines tendances sont d�j� suffisamment visibles pour dessiner un sc�nario cr�dible : recul rapide des voitures thermiques neuves, progression des v�hicules �lectriques, �volution de la r�glementation, transformation des usages et incertitudes croissantes autour du co�t de l'�nergie.
Pour autant, imaginer un monde sans moteur thermique en 2036 serait probablement trop simpliste. Car une chose est de voir dispara�tre progressivement le thermique du march� du neuf. Une autre est de faire dispara�tre des routes des dizaines de millions de voitures d�j� produites.
Et c'est pr�cis�ment l� que pourrait se jouer un ph�nom�ne int�ressant : plus le moteur thermique reculera comme technologie de masse, plus certains mod�les devraient changer de statut et devenir des voitures de passion, voire des objets de collection.
� l'inverse, les voitures thermiques con�ues uniquement pour transporter leurs occupants pourraient perdre une grande partie de leur int�r�t �conomique. Le march� automobile de 2036 sera donc beaucoup plus contrast� qu'aujourd'hui.
Quand l'offre de voitures thermiques neuves va se contracter
La transformation est d�j� largement engag�e. Au premier semestre 2026, les voitures �lectriques � batterie repr�sentaient 20,7 % des immatriculations neuves dans l'Union europ�enne, contre 15,6 % un an auparavant. Dans le m�me temps, les hybrides atteignaient 37,3 % du march�, tandis que l'essence et le diesel r�unis ne repr�sentaient plus que 29,7 %.
La tendance est donc claire : le moteur thermique perd progressivement sa place dans le march� du neuf, m�me si la transition ne se fait pas exclusivement vers le 100 % �lectrique.
Cette �volution est importante pour le futur march� de l'occasion. Pendant des d�cennies, un automobiliste pouvait acheter une voiture thermique neuve, puis la remplacer quelques ann�es plus tard par une g�n�ration plus r�cente, plus performante, plus sobre et mieux �quip�e.
Ce renouvellement permanent entretenait une offre consid�rable de v�hicules d'occasion ainsi qu'une d�valuation rapide de ces derni�res.
Mais si les constructeurs produisent progressivement moins de voitures thermiques neuves, cette m�canique finit par se gripper. Le march� ne dispara�t pas imm�diatement. Il cesse simplement de se renouveler. Et c'est une diff�rence fondamentale.
2036 : le parc thermique sera encore bien pr�sent
Il faut �viter un pi�ge fr�quent lorsqu'on parle de la fin du thermique : confondre la disparition des ventes neuves avec la disparition des voitures thermiques. Une automobile ne dispara�t pas lorsqu'elle quitte le catalogue d'un constructeur. Elle peut encore rouler pendant quinze, vingt ans, voire davantage lorsqu'elle est correctement entretenue.
En 2036, il est donc parfaitement possible que le parc automobile europ�en compte encore un nombre important de voitures essence, diesel, hybrides et autres motorisations thermiques.
La vraie rupture pourrait plut�t concerner leur statut. Les voitures thermiques ne seront plus n�cessairement les voitures � normales � du march�. Elles pourraient devenir progressivement des v�hicules d'une autre g�n�ration technologique, utilis�s pour des raisons diff�rentes selon leur �ge, leur �tat et leur int�r�t.
Certaines seront simplement anciennes. D'autres seront conserv�es parce qu'elles sont pratiques ou peu co�teuses � maintenir. Et quelques-unes pourraient devenir v�ritablement d�sirables. C'est cette derni�re cat�gorie qui int�resse particuli�rement les collectionneurs et cela concerne bien �videmment les sportives en priorit�.
Le p�trole cher : un probl�me pour l'usage quotidien, pas forc�ment pour la passion
Le prix du p�trole constitue �videmment une variable importante. Mais il serait trop simple de consid�rer les tensions actuelles sur le march� p�trolier comme la preuve d'une disparition imminente des ressources.
En 2026, les march�s p�troliers ont �t� fortement perturb�s par les tensions g�opolitiques et les perturbations de l'approvisionnement. L'Agence internationale de l'�nergie �voque une crise �nerg�tique ayant provoqu� une perturbation exceptionnelle des march�s p�troliers et pouss� plusieurs gouvernements � acc�l�rer certaines mesures d'�lectrification et de r�duction de la consommation.
Pour l'automobiliste, le probl�me est finalement moins de savoir si le p�trole va � dispara�tre � que de savoir combien co�tera son utilisation et quelle volatilit� il conna�tra. Une essence ou un diesel peuvent rester techniquement parfaitement fonctionnels tout en devenant �conomiquement moins int�ressants pour parcourir plusieurs dizaines de milliers de kilom�tres par an.
Et c'est l� que le paradoxe appara�t. Une voiture thermique peu �conomique devient p�nalisante lorsqu'elle constitue le principal moyen de transport d'un m�nage. Mais cette m�me caract�ristique peut devenir secondaire lorsqu'il s'agit d'une voiture utilis�e quelques centaines ou quelques milliers de kilom�tres par an pour le plaisir. Une Porsche, une Honda sportive ou une petite compacte radicale ne sont pas utilis�es de la m�me mani�re qu'une voiture familiale parcourant 25 000 kilom�tres par an. Le co�t du carburant ne produit donc pas n�cessairement le m�me effet sur une voiture utilitaire et sur une voiture passion.
Les voitures thermiques pourraient se diviser en deux march�s
C'est probablement l'un des changements les plus int�ressants � observer au cours de la prochaine d�cennie. Le march� thermique pourrait progressivement se scinder en deux.
D'un c�t�, les mod�les dont la fonction principale est utilitaire : citadines, compactes familiales, SUV g�n�ralistes, diesels � fort kilom�trage.
De l'autre, les mod�les dont l'int�r�t d�passe leur simple capacit� � transporter des personnes : sportives, GT, cabriolets, voitures � moteur particulier, s�ries limit�es ou mod�les associ�s � une �poque pr�cise de l'automobile.
Pour les premi�res, la disparition progressive du renouvellement pourrait �tre un handicap. Pour les secondes, elle pourrait devenir un argument. Une technologie qui n'est plus produite en grande s�rie peut progressivement acqu�rir une dimension patrimoniale. C'est d�j� ce qui s'est produit avec de nombreuses automobiles anciennes. La diff�rence, cette fois, est que la transition pourrait �tre beaucoup plus rapide.
Les carburants alternatifs peuvent-ils prolonger la vie du moteur thermique ?
Le moteur thermique dispose encore de plusieurs pistes pour prolonger son existence : biocarburants, carburants de synth�se, carburants renouvelables ou, dans certains usages sp�cifiques, hydrog�ne.
Mais il faut distinguer deux questions :
Ces solutions peuvent-elles permettre � certains moteurs thermiques de continuer � fonctionner ?
Oui.
Peuvent-elles maintenir le mod�le actuel de production automobile thermique de masse ?
C'est beaucoup moins �vident.
Les carburants de synth�se, par exemple, peuvent th�oriquement permettre de continuer � utiliser des moteurs � combustion tout en r�duisant fortement leur empreinte carbone si leur production repose sur de l'�lectricit� bas carbone et des mati�res premi�res adapt�es. Mais leur rendement �nerg�tique global reste inf�rieur � celui d'un v�hicule �lectrique aliment� directement par l'�lectricit�. Cela rend leur utilisation � grande �chelle plus difficile � justifier lorsque l'objectif est de transporter efficacement des millions d'automobilistes.
Les biocarburants connaissent une probl�matique diff�rente : leur disponibilit� d�pend notamment des ressources utilis�es pour les produire et des arbitrages entre diff�rents usages. Leur r�le pourrait donc �tre davantage celui d'une solution compl�mentaire que celui d'un remplacement int�gral de l'essence et du gazole.
Les e-fuels pourraient surtout sauver des niches
C'est probablement dans les applications les plus sp�cifiques que les carburants alternatifs pourraient avoir le plus de sens. Une voiture sportive produite � quelques milliers d'exemplaires n'a pas les m�mes contraintes qu'un parc automobile de plusieurs centaines de millions de v�hicules. Pour un constructeur, maintenir la possibilit� d'utiliser un moteur thermique sur une petite s�rie de v�hicules pourrait devenir envisageable si la r�glementation, la disponibilit� du carburant et l'�quation �conomique le permettent.
L'Union europ�enne elle-m�me a fait �voluer son approche. Le paquet automobile pr�sent� par la Commission europ�enne en d�cembre 2025 pr�voit, dans sa proposition de r�vision des normes CO₂, un objectif de r�duction de 90 % des �missions � l'�chappement � partir de 2035, les 10 % restants pouvant notamment �tre compens�s par certains m�canismes li�s � l'acier bas carbone, aux e-fuels et aux biocarburants. Cela ouvre davantage de flexibilit� qu'un sc�nario dans lequel toute forme de moteur thermique serait m�caniquement exclue apr�s 2035.
Cela ne signifie pas pour autant que les voitures thermiques vont continuer � �tre produites comme aujourd'hui. La logique industrielle reste clairement orient�e vers l'�lectrification. Mais elle laisse davantage de place � l'id�e d'un thermique de niche. Et c'est pr�cis�ment cette niche qui pourrait int�resser les passionn�s.
Pourquoi certaines voitures thermiques pourraient prendre de la valeur
La rar�faction d'une voiture ne suffit pas � la rendre pr�cieuse. C'est un point essentiel. Si plusieurs millions d'exemplaires d'un mod�le thermique banal continuent de circuler en 2036, son simple �ge ne garantira absolument pas une hausse de sa valeur.
Une voiture devient int�ressante pour les collectionneurs lorsque plusieurs facteurs se rencontrent : production limit�e, �tat exceptionnel, caract�ristiques techniques particuli�res, histoire, design, performances, r�putation et surtout d�sirabilit�.
C'est pourquoi toutes les voitures thermiques ne conna�tront pas le m�me destin. Une citadine essence produite � plusieurs millions d'exemplaires pourra devenir une vieille voiture relativement ordinaire. � l'inverse, une sportive � moteur atmosph�rique, une compacte radicale � bo�te manuelle ou une GT �quip�e d'un moteur particuli�rement r�put� pourrait �tre beaucoup plus recherch�e.
Les exemples actuels sont nombreux. Les derni�res g�n�rations de voitures comme les Clio RS, Honda Civic Type R, Porsche Cayman ou certaines BMW M et autres sportives thermiques appartiennent d�j� � une p�riode automobile qui pourrait appara�tre, avec le recul, comme une transition historique. Ce qui pourrait les rendre int�ressantes dans dix ou vingt ans n'est pas uniquement leur moteur. C'est le fait qu'elles repr�sentent une recette automobile devenue beaucoup plus difficile � reproduire.
Le v�ritable objet de collection sera peut-�tre la recette, pas seulement le moteur
Un moteur thermique n'est pas automatiquement int�ressant parce qu'il br�le de l'essence. Ce qui pourrait devenir rare, c'est l'association de plusieurs �l�ments qui disparaissent progressivement :
* un moteur � haut r�gime ;
* une bo�te manuelle ;
* une transmission m�canique ;
* un poids contenu ;
* une absence d'�lectrification lourde ;
* une production relativement importante, mais pas massive ;
* une exp�rience de conduite directement li�e au moteur.
C'est cette combinaison qui pourrait devenir difficile � retrouver dans une voiture neuve. Dans quelques ann�es, poss�der une automobile �quip�e d'un moteur atmosph�rique et d'une bo�te manuelle pourrait donc avoir une signification comparable � celle d'un objet appartenant � une �poque r�volue.
Mais attention : cela ne signifie pas que toutes ces voitures prendront automatiquement de la valeur. Le march� de la collection restera s�lectif. L'�tat de conservation, l'historique, le kilom�trage, la configuration et la r�putation du mod�le continueront de jouer un r�le d�terminant. La raret� sera une condition importante mais elle ne sera jamais une garantie.
Les thermiques utilitaires pourraient suivre le chemin inverse
Le ph�nom�ne inverse pourrait concerner les voitures thermiques ordinaires. Lorsque l'offre neuve �lectrique deviendra plus large, que les prix d'achat continueront � se rapprocher et que les infrastructures de recharge progresseront, une voiture thermique ancienne pourrait perdre progressivement son avantage pratique.
Son entretien pourra co�ter plus cher. Sa consommation restera sup�rieure � celle d'un mod�le �lectrique �quivalent dans de nombreux usages. Certaines zones urbaines pourront �galement continuer � appliquer des restrictions li�es aux �missions. Et surtout, le consommateur disposera d'un choix suppl�mentaire : pourquoi acheter une ancienne technologie pour un usage quotidien si une solution �lectrique plus r�cente r�pond mieux � ses besoins ?
Cela ne signifie pas que les voitures thermiques ordinaires vont devenir sans valeur. Mais leur valeur pourrait �tre davantage d�termin�e par leur �tat, leur co�t d'utilisation et leur utilit� concr�te que par leur caract�re patrimonial.
Le v�ritable d�fi sera l'entretien des voitures thermiques anciennes
C'est probablement l'un des sujets les plus sous-estim�s lorsqu'on imagine l'avenir des voitures thermiques. Mais le probl�me ne sera pas n�cessairement de trouver de l'essence. Il pourrait �tre de trouver les pi�ces, les comp�tences et les �conomies d'�chelle n�cessaires pour continuer � entretenir correctement certaines voitures.
Lorsqu'un moteur �quipe plusieurs millions de v�hicules, les �quipementiers ont int�r�t � produire injecteurs, capteurs, embrayages, turbos ou composants �lectroniques en grande quantit�. Lorsque le parc se r�duit, certaines r�f�rences deviennent moins rentables. Les constructeurs et �quipementiers peuvent alors arr�ter progressivement certaines productions ou les r�server � des march�s sp�cialis�s.
Cela pourrait cr�er deux situations tr�s diff�rentes. Les voitures passion b�n�ficieront probablement d'un �cosyst�me sp�cialis� : ateliers ind�pendants, sp�cialistes de marques, refabrication de pi�ces, restauration et march� de l'occasion. Les voitures thermiques ordinaires, elles, pourraient �tre confront�es � un probl�me plus simple : le co�t de leur remise en �tat pourrait finir par d�passer leur valeur. C'est ainsi qu'une partie du parc dispara�tra progressivement, non pas parce qu'elle ne fonctionne plus, mais parce qu'il ne sera plus �conomiquement rationnel de la r�parer.
2036 : un march� thermique � deux vitesses
� l'horizon 2036, le sc�nario le plus cr�dible n'est probablement pas celui d'une disparition totale du moteur thermique. Ce sera plut�t celui d'une profonde transformation de son r�le.
Le march� du neuf sera largement domin� par les technologies �lectrifi�es, avec une place devenue beaucoup plus r�duite pour les moteurs thermiques. Les statistiques europ�ennes montrent d�j� la direction prise par le march� : au premier semestre 2026, les voitures essence et diesel ne repr�sentaient plus que 29,7 % des immatriculations neuves de l'Union europ�enne, tandis que les mod�les �lectriques � batterie atteignaient 20,7 % et les hybrides 37,3 %.
Dans le m�me temps, le parc existant continuera � vieillir. Une partie de ces voitures deviendra simplement ancienne. Une autre continuera � �tre utilis�e pour des raisons �conomiques ou pratiques.
Et une petite partie pourrait devenir particuli�rement recherch�e.
C'est l� que se dessine le march� thermique de demain : des voitures thermiques ordinaires, progressivement moins pertinentes pour le quotidien, et des voitures thermiques passion dont la valeur pourrait justement augmenter parce que leur �poque industrielle est r�volue.
Le thermique ne dispara�t pas : il change de statut
C'est probablement la meilleure mani�re de r�sumer ce qui pourrait se produire au cours des dix prochaines ann�es. Le moteur thermique a �t� pendant plus d'un si�cle une technologie de masse. Il a motoris� les familles, les entreprises, les utilitaires et les loisirs. � mesure que la voiture �lectrique prendra une place croissante dans les ventes neuves, le thermique pourrait perdre cette fonction dominante. Mais perdre son statut de technologie de masse ne signifie pas dispara�tre. Il pourrait au contraire entrer dans une nouvelle phase de son histoire.
Pour la majorit� des automobilistes, une voiture thermique deviendra progressivement une technologie ancienne, avec des contraintes plus importantes en mati�re de consommation, d'entretien et parfois d'acc�s aux centres urbains.
Pour les passionn�s, certaines automobiles pourraient prendre une dimension totalement diff�rente. Un moteur atmosph�rique, une bo�te manuelle, un six cylindres, un V8, une petite sportive l�g�re ou simplement une voiture offrant une exp�rience de conduite devenue impossible � reproduire pourraient acqu�rir une valeur culturelle particuli�re.
Le paradoxe est donc assez fascinant : plus le moteur thermique reculera comme technologie de masse, plus certains moteurs thermiques pourraient devenir pr�cieux comme objets automobiles. Le futur du moteur thermique pourrait finalement ne pas �tre celui de sa disparition, mais celui de sa transformation : d'une technologie universelle en objet choisi, entretenu, collectionn� et conduit uniquement pour le plaisir.
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